3 jours à moto sur le plateau des Bolaven – Partie 1 : Plantations de café & Contes

Il y a quelques temps, j’ai vu sur un groupe Facebook de voyageuses, l’annonce de l’une d’elle proposant à qui voulait se joindre à elle, de faire un road trip de 3 jours sur le fameux plateau des Bolaven, dans le sud du Laos. Il ne m’a pas fallu longtemps pour me décider à la rejoindre.

C’est ça aussi le voyage et j’adore ça : On se retrouve à partager la route (et bien plus!) avec une personne que l’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam, et on découvre que l’on s’entend tellement bien qu’au lieu de passer 3 jours ensemble, on prolonge le séjour de 2 jours au paradis !

Visiter le plateau des Bolaven

D’abord, pour ceux qui veulent faire ce trip, il faut vous indiquer les bonnes adresses : N’hésitez pas et aller louer votre bécane à Yves (Miss Noy), Belge installé au Laos depuis longtemps et réputé dans son métier. Pour 160 000 kip (soit 17€), vous pourrez vous procurer un véhicule pour 3 jours (60 000 kip le 1er jour et 50 000 kip par jour ensuite), un lieu de stockage pour votre gros backpack et surtout une montagne d’informations utiles ainsi qu’une carte qu’Yves vous donnera pendant qu’il vous briefera la veille de votre départ !

Nous voilà donc à bord de notre Honda rouge numérotée 45, au départ de Paksé ! Moi à l’arrière et Camille aux commandes. Je n’ai encore jamais conduit d’autres 2 roues que des vélos et j’attendrai donc une route un peu plus tranquille pour faire mon baptême !

Plantation de café : M. Vieng

La première partie de la route se fait rapidement et nous arrivons bientôt à la première étape de notre périple : la plantation de café de M. Vieng.

Au bout d’un petit chemin de terre (attention à ne pas glisser!), se trouve la charmante guesthouse de M. Vieng qui propose aussi de faire visiter sa plantation de café bio (pour 15 000 kip), mais seulement après que vous ayez goûté à ce fameux café (on le préférera glacé) à 11 000 kip.

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Ah et n’oublions pas de parler des habitants de la plantation : C’est une ferme bio et qui dit bio dit… pas de pesticides. Donc bonjour les insectes :

  • bolaven-plantation-cafeLemon ants : Chez nous, on les appelle fourmi rouges. Ici, on les appelle « fourmis citron ». Vous devinez pourquoi ? Et oui on les mange ! Et lorsqu’elles sont crues, elles ont un goût citronné très prononcé. En fait… C’est même plutôt bon ! Et il ne faut pas hésiter à les manger (où à défaut, à les enlever des arbres) car elles grignotent les feuilles et abîment les caféiers. Et je ne vous parlent pas de leurs nids quand elles décident de s’installer.. Ca grouille de partout.
  • Thermites : Celles-ci ne sont pas à manger et sont dangereuses pour la plantation. Elles entourent en effet le tronc des arbres d’une sorte de croûte dont elles font leur nid, et elles dévorent l’arbre. La manière pour les enlever est de détruire cette croûte du haut de l’arbre vers le bas. Dès qu’elles voient le jour, elles se précipitent vers leur nid et donc en détruisant du haut vers le bas, on les dirige vers la terre, où elles finiront par aller lorsque leur abri sera entièrement détruit.

Plantation de café et village : M. Hook

J’avais déjà entendu parler de ce personnage qu’il ne fallait apparemment pas manquer. Et de fait… Après avoir déposé nos affaires à notre petite guesthouse de Tad Lo, nous avons repris la moto et avons poussé 16km plus loin, jusqu’au village de M. Hook, lui aussi propriétaire d’une plantation de café. Mais c’est surtout pour ses histoires sur les traditions de son village que vous ne voulez pas passer à côté de ce puits de science !

Après avoir payé un droit d’entrée de 5 000 kip et avoir bu un jus de citron (du village bien sûr !), nous suivons M. Hook (en anglais, Captain Hook, c’est le capitaine crochet de Peter Pan !) au milieu des maisons (dont il ne faut pas toucher les murs pour ne pas heurter les esprits qui y vivent !), jusqu’à sa plantation.

Une histoire de café :

Si M. Vieng nous a raconté la manière de cultiver le café, M. Hook sait absolument tout ce qu’il y a à savoir sur l’histoire du café. Il nous expliquera ainsi que :

  • En Europe, on ne connaît que 3 ou 4 variétés de cafés (alors qu’il y a une plus d’une centaine dans la nature, subdivisés en une vingtaine de groupements « marketing ») parce que nous avons le palais fragile et que l’arabica, le robusta et le libérica sont les moins forts. Les autres variétés peuvent aussi être exportées en Europe, mais plutôt pour utiliser l’arôme et non la saveur.
  • Les premiers plants de café poussaient au Kenya lorsque les continents que l’on connaît aujourd’hui n’en formaient encore qu’un seul. Ils ont été emmenés en Europe par les oiseaux.
  • Mais ce sont les colonisations qui ont joué le rôle le plus important dans l’exportation et la généralisation du café dans le monde. Ce sont les Hollandais qui exportèrent en premier le café depuis leurs colonies. La France ensuite, qui envoya le café dans ses colonies asiatiques et notamment au Laos. Puis l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

Oh et, savez-vous comment l’homme en est venu à boire du café ? Voici une jolie fable pour vous le raconter :

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Des croyances d’un autre temps

M. Hook est un puits de science. Nous avons passé 2 heures avec lui et, outres ses connaissances en café, nous avons découvert une montagne de choses sur le peuple dont il vient et sur leur manière de vivre si particulière.

Une histoire de géant

M. Hook vient d’une ethnie Khmer, cette civilisation quasi nomade du fait des guerres et des colonisations.

Aujourd’hui, le village dans lequel s’est installée sa famille, sur le plateau des Bolaven, vit quasiment en autarcie, mais aussi, en total décalage avec la réalité. Du fait qu’ils ne quittent jamais leur village, ses habitants ne font pas évoluer leur culture ni leurs connaissances et les enfants sont toujours bercés au rythme des fables et légendes que leurs aînés veulent bien leur conter.

bolaven-plantation-cafe1Ainsi, ne vous étonnez pas si vous croisez un enfant de 3-4 ans, fumer la « water-pipe », ce long morceau de bambou plein d’eau et de tabac.
La légende veut en effet que, chaque année, Le Géant venait autrefois réclamer en sacrifice, une des filles du chef du village. Jusqu’au jour où l’un de ces chefs, refusant de laisser son enfant, décida de donner au Géant un vieux vagabond de passage. Ce dernier, comprenant le sort qui l’attendait, demanda, en dernière volonté, de fumer une dernière pipe. Lorsque le Géant arriva pour obtenir son dû, et qu’il vit ce vieillard, crachant littéralement de la fumée, il eu peur d’être brûlé de l’intérieur s’il venait à le manger. Il s’en fut donc les mains vides et ne revint jamais.

Les enfants fument donc dès le plus jeune âge, afin de garder les mauvais esprits, loin du village.

Rites funéraires

Il en va de même pour les enterrements. Le village compte plusieurs manières d’enterrer ses morts, selon la manière dont le défunt est parti :

  • Les hommes et les femmes sont enterrés séparément.
  • Les femmes mortes en couche : sont enterrées debout, en 3 fois. On les recouvre d’abord de terre jusqu’aux genoux, afin de sceller leur lien avec la terre. Puis jusqu’à la taille, afin que les esprits se lient à la défunte. Et enfin, on les enterre complètement, pour qu’elles puissent rejoindre la lune (=le paradis).
  • Les personnes décédées dans un accident ne sont pas enterrés avec les autres défunts, car s’ils ont eu un accident, c’est qu’ils ont attiré les mauvais esprits. Ainsi, pour « purger » le village, la famille du défunt doit partir vivre seule au milieu de la forêt pendant 5 ans pour éloigner de nouveau ces esprits du village.
  • Enfin, si une personne meurt pendant la saison de la récolte du riz, elle devra attendra la fin de la récolte pour être enterrée, car, encore une fois, cela risquerait d’attirer les mauvais esprits sur le village.

Dans tous les cas, chaque personne prépare son propre départ en fabricant son cercueil et en le gardant, plein d’offrandes, sous sa maison sur pilotis.

Mode de vie :

Dans ce village hors du temps, les vieilles personnes n’aiment pas envoyer les enfants à l’école car, contrairement au travail de la terre, ils ne récoltent pas immédiatement le fruit de leur travail ! C’est donc du temps perdu ! Les enfants ne vont donc à l’école que pour appendre à écrire et à communiquer. D’ailleurs, dans ce village, la transmission écrite n’existe pas. Tout se fait à l’oral.

Concernant la santé, il y a 3 types de « docteurs » : D’abord, le Chaman qui, lorsque vous tombez malade, va tenter de vous soigner à l’aide de médecine traditionnelle et de plantes (dont certaines peuvent être trouvées en France). Si cela ne fonctionne pas, prenez rendez-vous avec le gourou. Celui-ci vous rendra visite chez vous et réalisera un rituel pour éloigner les esprits de chez vous, en mâchant et recrachant un certain type de plante. Enfin, si ces 2 solutions ne fonctionnent pas, la médium pourra peut être vous aider ! Elle prendra contact avec les esprits pour tenter de comprendre pourquoi ils s’acharnent sur vous.

Autres croyances :

  • Ne prenez surtout pas les vieilles personnes en photo. Elles croient en effet que vous capturez leur âme dans votre appareil !
  • Dis moi ta couleur de cheveux ou d’yeux et je te dirais ce que tu aimes !
    • Si vous avez les cheveux blonds : Vous avez bu trop de vin ! 
    • Vos yeux sont bleus : Trop de soda !
    • Si vous êtes petits : Vous aimez le sticky rice
  • La terre est plate !

Vous l’aurez compris, ce passage dans ce village a été une expérience sacrément dépaysante. Et ce n’était que le premier jour de notre road-trip… 

Cet article étant déjà suffisamment long, je ne voudrais pas risquer de vous ennuyer….
La suite au prochain épisode donc 😉

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A propos de l'auteur JobTrotteuse

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Commentaires

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  • Répondre de Beaulaincourt

    Bien intéressantes rencontres façonnées par leurs histoires et leurs croyances. L’enracinement de Monsieur Hook à sa plantation de cafés de type bio est éclairante. Soit la nature fait son oeuvre et tu choisis les insectes citronnés qui l’accompagnent soit tu t’en protèges et les risques chimiques sont ravageurs.De l’origine du café il est une autre histoire plus ancienne d’un pays voisin du Kenya ,l’Ethiopie qui en revendique l’origine…de terres situées dans une région (sans rires) Kawa. Bravo!

    Read you soon

    • Répondre JobTrotteuse

      Ce qui m’a vraiment frappé chez M. Hook c’est aussi son « sacrifice » pour son village. Les siens ont besoin de lui et des revenus qu’il apporte à la communauté avec ses visites et donc il est « coincé » là alors que l’on sent à quel point il a envie d’aller parcourir le monde tel qu’il l’a déjà entrevu.
      Je ne garanti absolument pas l’exactitude de ce qu’il dit mais j’ai adoré sa manière de tout raconter comme si c’était une histoire !

  • Répondre Laloux

    vraiment passionnant Une expérience enrichissante sur le plan humain. Et tu vas devenir une experte en matière en

    de café! Nous avions déjà Maêla et son thé, nous n’allons plus pouvoir boire notre bibine tranquillement! je t’aime et je t’embrasse. Bonne-maman

    • Répondre JobTrotteuse

      ahah promis on va mettre en place un temps de parole alloué à l’histoire pendant le café et le thé ! gros bisous bonne maman !

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