Expérience : The Mindfulness Project ou comment retourner aux sources

Avant d’arriver en Thaïlande, je me suis connectée au site Workaway (comme souvent avant de changer de pays) pour voir si je pouvais profiter de mon séjour pour faire une nouvelle expérience de volontariat.
Je suis rapidement tombée sur l’annonce un peu particulière du Mindfulness Project qui a retenu mon attention « Help out in a monastery project in a small Thai village ».

L’introduction annonçait déjà la couleur :

mindfulness-project

J’avoue que cela m’a intrigué. Et j’avais envie d’essayer autre chose que les cours d’anglais ou les séjours en auberge de jeunesse. J’ai donc postulé à ce projet et ai reçu avec joie, la réponse positive ! C’est parti pour 10 jours (durée de séjour minimum) dans le nord-est de la Thaïlande, près de Khon Kaen.

Le projet demande seulement une participation de 200 bahts par jour (soit 4,5€) et quelques heures de travail par jour, en échange desquels j’aurai droit à 2 repas quotidiens, des leçons de yoga et de méditation, ainsi que des enseignements sur le bouddhisme et la permaculture ! Beau programme !

Mon arrivée au Mindfulness Project :

Mindfulness ProjectLa première étape consiste à arriver jusqu’au projet : Après un lever matinal, 6 heures de bus et 2 heures d’autres transports en tout genre (taxi, sang tao (tuk-tuk local), auto-stop et marche à pied), j’arrivais enfin sur place (heureusement que j’avais reçu une « feuille de route », sans quoi je serai toujours en train de chercher…).
Lorsque j’arrive quelque part, j’ai toujours ce moment d’appréhension et/ou d’excitation où je sais que je vais débarquer dans un endroit nouveau, sans trop savoir ce que je vais y trouver.
Une nouvelle fois j’étais confrontée à ce sentiment, et je sentais mon rythme cardiaque s’accélérer lorsque j’apercevais un groupe d’une dizaine de personnes assises en cercle à quelques dizaines de mètres de moi. 

Et je crois que c’est à ce moment là que j’ai commencé à aimer ce lieu ! J’avais à peine eu le temps de me demander ce que j’allais dire et comment j’allais aborder ces « personnes » que 3 d’entre elles s’étaient levées et étaient venues m’accueillir en me serrant dans leur bras et en me souhaitant la bienvenue, comme si je les connaissais depuis toujours !

J’ai appris plus tard que j’avais eu la chance d’arriver en plein milieu du temps libre, et que c’est pour cela que tout le monde était rassemblé au centre du « campement », chacun vacant à ses occupations (massage, macramé, lecture, discussion ou autre).

Immédiatement je me suis sentie bien dans cet environnement. Et quelques minutes après m’avoir fait faire le tour de mon nouveau lieu de vie et m’avoir installé dans le dortoir, je me retrouvais partie prenante de ce groupe qui m’avait intimidé quelques minutes plus tôt et qui allait bientôt se transformer en une seconde famille.

Mes journées au Mindfulness Project

Les journées commencent tôt au Mindfulness Project ! Le gong est sonné par un volontaire tous les matins à 5h30 et est suivi à 6h00 par 1h30 de yoga puis 30 minutes de méditation.
En attendant le petit-déjeuner, préparé tous les matins par une équipe de volontaires différente, tout le monde se met au travail pour arroser les plantes, nettoyer les toilettes sèches (et oui, permaculture oblige, TOUT est utilisé!) ou faire quelques petits travaux nécessaires !
Et parce que tout au long de la journée nous pensons à mille choses et souvent ne passons pas assez de temps à s’arrêter pour penser à nous-même, cette première partie de la journée se fait en silence, le yoga et la méditation aidant à se mettre dans l’ambiance et à se réveiller en douceur.

Des études scientifiques ont prouvé qu’avec 20 secondes de câlin, notre corps fabrique instantanément des hormones de bonheur, alors, au Mindfulness Project, comme on veut commencer la journée du bon pied, le petit-déjeuner (pris en communauté) se termine avec l’un de ces 2 rituels :

  • Si l’un des volontaires quitte le projet dans la journée, c’est lui qui aura le droit au câlin de la part de tout le groupe ! Un câlin général donc (et je peux vous dire que lorsqu’on est une trentaine, ça fait un sacré gros câlin!)
  • Si personne ne part, chacun fait un câlin à quelqu’un d’autre, cette personne étant différente tous les jours.

Mindfulness Project1Évidemment si vous ne vous sentez pas d’humeur câline, rien ne vous oblige à participer.

Vient ensuite le moment d’attribuer les tâches de la journée. Le fonctionnement du Mindfulness Project repose sur la bonne volonté et la pro-activité de chacun. On est ainsi totalement libre de participer ou non aux activités, sachant tout de même que « mindfulness » signifie « pleine conscience », et que cela passe aussi par la conscience que la vie en communauté a besoin de chacun d’entre nous.
Aussi, chaque matin, Christian, le fondateur du projet, annonce les travaux à faire pendant la journée, les volontaires lèvent la main s’ils veulent participer à telle ou telle tâche. Libre aussi à chacun d’offrir ses compétences ou de proposer les innovations qui lui semblent indispensables.

Et bien sûr tous les jours, une équipe est chargée de préparer le repas du midi pour tout le monde (pour préparer un repas pour 30 personnes, il faut bien 5 heures de travail).

Après le déjeuner, pris tous ensemble, chacun est libre de vaquer à ses occupations, jusqu’à 18h. C’est alors l’heure du « talking circle ». C’est un moment un peu particulier de la journée pendant lequel on se réunit tous et pendant lequel on répond à 2 questions :

  • La première est toujours la même : « Quel a été votre moment préféré de la journée ? »
  • La seconde est un peu plus poussée et nous amène à nous confier aux autres sur un sujet plus personnel : « Quelle est votre plus grande peur ? », « Quel événement de votre vie lui a fait prendre un nouveau tournant ? » …

Cette seconde question débouche sur un enseignement bouddhique sur le même sujet.

Et généralement, à 21h30, tout le monde est couché ! Quand même…. On se lève à 5h30 demain.

Quel type de travail ?

Au Mindfulness project, nous travaillons 5 heures par jour : de 9h30 à 14h30 environ. Voici quelques exemples de tâches que j’ai faites pendant mon séjour :

Fabrication de briques de boue :

Le projet ayant changé d’emplacement, nous devons tout construire (les dortoirs, la cuisine….). Pour ce faire, nous utiliserons la technique de la construction naturelle. J’ai donc appris à faire des briques en boue. Faut pas croire, c’est du boulot :

  • Il faut d’abord « créer » la boue. Nous avons donc creusé un bassin, retourné la terre et ajouté de l’eau et de la paille. Un long travail commence ensuite puisqu’il faut malaxer la boue jusqu’à ce qu’elle ait la consistance désirée. Pour cela, une seule solution : piétiner dans la boue pendant de longues heures.
  • Lorsque la boue est prête, nous nous servons de moule pour les façonner. Afin que les briques soient bien compactes et qu’il n’y ai pas d’air dedans, le principe est de jeter des poignées de boue dans le cadre puis de tasser un maximum avant de lisser le tout et de retirer le cadre délicatement.
  • Vient ensuite le moment du séchage. Les briques resteront en place pendant 1 à 2 semaines avant de pouvoir être déplacées et stockées dans un hangar. Attention de ne pas oublier de couvrir les briques le soir et lorsqu’il pleut, sans quoi il faudra recommencer.

Voici quelques photos pour vous donner une idée :

Mud Bricks (2)
« 1 de 10 »

Création et installation de structures de bambou pour les plantations du jardin

Le Mindfulness Project a pour vocation d’être autonome. Les plantations du jardin serviront à terme à nourrir les volontaires. Pour cela, il nous faut des arbres et plantes solides et en bonne santé. Nous avons donc eu pour mission de créer des structures en bambou pour supporter les plantes grimpantes que sont les haricots verts et les fruits de la passion.

Après quelques recherches sur internet, nous avons trouvé ce qu’il nous fallait et avons eu pour mission de fabriquer 2 types de structures : 1 « triangulaire » pour les haricots et 1 « rectangle » pour les fruits de la passion.

Il a donc fallu couper du bambou, mesurer chaque tronçon, vérifier les mesures de la structure que nous souhaitions, s’assurer que le tout était droit, scier, nouer, creuser et fixer dans tous les sens. L’occasion pour moi de me rappeler comment faire des brelages, ces nœuds ultra solides !

Et voici le résultat !

Structure pour haricots (4)
« 1 de 8 »

Création d’éléments graphiques pour le site internet

J’ai proposé de mettre mes compétences en communication au service du projet, et ai créé quelques éléments graphiques pour agrémenter le site internet, ainsi qu’un logo pour une retraite prévue au mois de novembre.

En bref …

Chacun peut trouver sa place dans ce projet. Si vous n’êtes pas manuel et que vous n’avez jamais construit quoi que ce soit, pas de panique, il y aura toujours quelqu’un qui saura vous montrer et vous apprendre de nouvelles choses.

C’est ça aussi le Mindfulness Project, un échange de savoirs-faire et de compétences !

Buddha Day

Il y a un jour un peu particulier dans la semaine, c’est le Budddha Day (notre dimanche chrétien). Ce jour là, pas de travail, mais participation à la cérémonie du village. Pour cela, nous nous levons à 4h30 car nous devons préparer à manger pour la communauté.

A 6h00 nous nous rendons à pied au village et nous installons dans le temple, assis en tailleur à même le sol (tout en faisant attention à ne pas pointer ses pieds vers Bouddha, ce qui serait extrêmement mal perçu, les pieds étant la partie la plus « impure » du corps humain). Nous assistons à la cérémonie pendant laquelle chants et rituels se succèdent, parmi lesquels le rituel de l’eau :

Chaque participant verse un peu d’eau dans un bol, pendant que le moine célébrant scande un texte. Il faut remonter à l’histoire de Bouddha pour comprendre la signification de ce rituel :

Bouddha est le premier être à avoir été « éclairé ». La détermination fait partie intégrante de la pratique bouddhiste et Bouddha l’illustre parfaitement par ses propres actions. Il a en effet décidé de s’asseoir au pied d’un arbre et de n’en pas bouger tant qu’il n’était pas éclairé.

Mara (notre Satan, la tentation) ne l’entendant pas de cette oreille se montra à Bouddha par 3 fois :

  • La première fois, il lui présenta sa superbe fille qui, dansant devant Bouddha, tenta de l’attirer à elle, l’incitant à bouger de dessous son arbre. Bouddha résista aux plaisirs de la chair.
  • La seconde fois, Mara envoya une armée détruire et ravager toute la région, essayant de faire succomber Bouddha à la colère et à la violence. Rien n’y fit, Bouddha ne bougea pas.
  • Alors Mara attaqua l’esprit de Bouddha en lui posant 2 questions : « Qu’est ce qui te fait croire que tu es celui ayant le droit d’être éclairé ? » et « Comment peux-tu être sûr que tu as le droit de rester assis sous cet arbre? ».

Ces deux questions pénétrèrent l’esprit de Bouddha qui se mis à douter. Il était près à flancher lorsque la déesse de la nature apparut et leva tous les doutes, déclarant qu’en tant que Mère Nature, elle pouvait assurer à Mara que Bouddha avait tout à fait le droit d’être assis sous cet arbre et que si quelqu’un devait être éclairé, c’était bien lui. Et pour appuyer ses dires, elle inonda Mara et ses tentations grâce à ses longs cheveux (qui représentent l’eau de la terre) et lava ainsi tous les doutes.

Le rituel de l’eau pendant la cérémonie rappelle donc à tous que Bouddha avait toute légitimité à devenir le premier être éclairé. C’est aussi pour cela que la main droite des statues de Bouddha touche le sol, pour se rappeler son lien à la terre, à la nature.

Et parce que Bouddha n’est pas un Dieu mais bien un humain, il représente en fait notre meilleur « nous-même », nous incitant à donner le meilleur de nous-même et nous rappelle que nous aussi pouvons être éclairé si nous en prenons les moyens.

Après la cérémonie, nous partageons un petit-déjeuner avec la communauté. Chacun ayant amené quelque chose, nous avons le droit à un véritable festin. Il est d’usage d’offrir ce que nous avons apporté aux membres de la communauté et inversement, symbole de partage.
Il est alors 8h00 et nous nous préparons à 2h de méditation (à venir très vite un article entier sur comment et pourquoi méditer) suivi d’un enseignement sur le bouddhisme. C’est ainsi que se termine le Bouddha Day et la fin de journée se passe comme le reste de la semaine.

En conclusion

Je pourrais vous parler du Mindfulness Project pendant encore longtemps tant j’y ai vécu de belles choses, mais il me semble que cet article est déjà suffisamment long. Je conclurai simplement avec ce proverbe chinoise.

« Ne te plains pas de l’obscurité, allume une bougie ».

Le Mindfulness project veut allumer la bougie de ce proverbe et inspirer le changement du monde.

 

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A propos de l'auteur JobTrotteuse

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Commentaires

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  • Répondre de Beaulaincourt

    Très intéressante rencontre que cette communauté éphémère aux airs «  Peace and Love » .Tu sembles déjà bien imprégnée de la philosophie de Bouddha.Au travers de ton récit enlevé,imagé et précis tu nous maintiens en haleine pour le prochain mail.

    Read you soon

    • Répondre JobTrotteuse

      C’est tout à fait l’esprit et le sentiment que j’ai eu en vivant là-bas : Peace and Love (ou Hakunamata ^^ pas de soucis).
      La philosophie de Bouddha est vraiment intéressante et donne de nouvelles perspectives et visions des choses.
      La semaine prochaine, petit cours de méditation 🙂

  • Répondre Laloux

    quelle expérience enrichissante! je t’aime et je t’embrasse

    • Répondre JobTrotteuse

      Oui je pense que ça a vraiment apporté quelque chose de complémentaire à ma vision des choses ! 🙂 je t’aime fort aussi !

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